31 Gen 2015

La sociologie visuelle à l’époque de la reproductibilité technologique de l’image


di

Iconocrazia 07/2015 - "Potenza dell'immaginario", Saggi




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Introduction

Notre œil est stimulé dans l’action de captation du monde social qui nous entoure afin de former un regard capable de comprendre et d’enregistrer le réel sous ses multiples facettes. Savoir et comprendre indiquent donc la direction prise par ce type d’action sociologique où l’image s’insère comme composante qui nous aide dans cette stratégie d’action. Dans son trajet historique, l’image a vu accroitre son rôle et son importance dans le processus méthodologique et épistémologique qui contamine les sciences sociales. Traversant les époques avec les mutations et modifications du regard, de la culture et de la science, l’image s’installe dans le domaine social comme une des composantes majeures de compréhension du monde et cela d’un point de vue « culturologique », épistémologique et méthodologique. Par ce fait, nous pouvons constater une importance croissante du domaine de la sociologie visuelle qui base son essence sur le rapport entre approche théorique et l’image comme outil. Ce parcours naturellement n’abouti pas à une véritable reconnaissance scientifique dans le champ sociologique malgré le constat que nous sommes de plus en plus insérés dans une « civilisation de l’image »[1], dans une société qui voit augmenter et proliférer la production d’image et surtout les dispositifs et les conditions de possibilités des multiples canaux de transmission et distribution. Un paradoxe qui s’inscrit dans l’attitude de ce que l’on peut nommer, à la suite des idées de Jean-Paul Terrenoire (1985) des habitus scientifiques qui ont écarté l’image comme donnée et comme outil.

 

L’œil sensible

La valeur sociologique de l’œil, dont Simmel a été le premier à relever son importance avec la proposition de « coup d’œil », et donc d’un organe expressif stimulant la connaissance, s’enrichit de la présence et de la prolifération de l’image, de sa centralité qui nous immerge dans une atmosphère de transition où l’on remarque l’instauration d’une pensée du voir et une accentuation du sensible. D’un point de vue méthodologique et phénoménologique, l’image est à considérer comme la racine d’une sensibilité caractérisant le domaine de la sociologie visuelle et de l’imaginaire qui vise une compréhension en profondeur des dimensions sociales du monde à travers les prolongements techniques des appareils photo et vidéo. Un sensus magis cognositivus, terminologie que l’on emprunte ici à Thomas d’Aquin, s’active dans les dimensions visuelles du monde et dans la manifestation de la nécessité de connaissance et compréhension. Savoir regarder ce qui est, le monde tel qu’il se présente à nos yeux, est une de ces nécessités à partir desquelles l’image nous accompagne et nous dirige en instaurant un besoin d’attention et de réflexion sur les dynamiques climatologiques de notre présent. Une sociologie des sens, donc, dans laquelle l’image va sonder les conditions de possibilité de la connaissance en s’affirmant aussi comme un instrument de captation du théâtre de la vie quotidienne.

Les sciences sociales nous offrent une panoplie de méthodes et d’instruments qui nous aident à capter les multiples éléments d’un réel de plus en plus complexe. Dans la démarche sociologique, au-delà des restrictions et des dogmes enfermant la pensée dans des schématismes aveugles, il faut être capable de ressentir l’atmosphère ambiante, de trouver les manières le plus aptes à capter le social. Dans cette stratégie de « possibilité de connaissance », la sociologie visuelle – avec et par les images – est à apprécier comme une inéluctabilité du voir, un regard « clarificateur » permettant de dire le monde. Ainsi le temps des images et la prégnance de l’imaginaire sont-ils bien le signe d’une pertinence sociologique jouant un rôle central dans les modalités du rapport au monde, tant du point de vue de l’expérience pratique de la vie quotidienne que scientifique de la connaissance du monde social. De ce fait, s’installe une nécessité de savoir regarder ce qui se vit ici et maintenant afin de développer des formes de connaissance et des méthodes capables de nous fournir les clés de lecture de l’atmosphère actuelle. Quand, ici, on parle de vision du monde il faut considérer que la captation visuelle, opérée par et à travers notre œil et les appareils photo-vidéo, représente un point de vue distinctif et les images seront une réalité sélective. On pourrait dire que nous enregistrons des morceaux de notre réel dans la stratégie de fournir une lecture de l’instant, de l’hic et nunc. Rappelons-nous que Walter Benjamin avait bien montré comment la photographie possède une valeur magique donnée par cet hic et nunc, c’est-à-dire par l’instant capté, l’immortalisation d’un moment. Il faudra alors, dans l’optique d’un changement de paradigme de la pensée et ses instruments d’investigation, mettre l’accent sur la manière à travers laquelle notre regard change avec l’avènement des nouvelles technologies. En restant dans l’esprit benjaminien et de ses intuitions théoriques, il faudra montrer les transformations sociales et les changements de perception s’opérant dans la temporalité historico-sociale et voir comment change l’usage des appareils pour pénétrer, de la façon la plus intensive, au cœur du réel[2]. Si à chaque époque correspond une particularité de la vision, de la perception et de l’image, on peut constater que aujourd’hui la centralité de l’expérience visuelle et la visualisation du monde sont contaminées par l’effet technologique qui apporte une transformation de l’appropriation des images par l’observateur social.

 

IMG La Rocca

 

Reproductibilité technologique

Les avancées technologiques apportent toute une série de changements qu’il faut considérer sur le plan cognitif aussi bien que technique. Chacun a pu constater la banale transformation de notre façon de travailler avec les images et l’influence exercée sur la production des images du monde grâce à la prolifération exponentielle des appareils numériques devenus de véritables prothèses corporelles dont la présence massive dans la vie quotidienne est bien tangible. En mettant l’accent sur le statut actuel de l’image, force est de constater l’influence de l’image « technologique » sur notre vision du monde et nos modalités de recherche. Avec la reproductibilité technologique de l’image, la sociologie visuelle se confronte aux changements qui intéressent le scénario social contemporain et affectent la technologie de vision, la façon dont les individus utilisent les images et la communication visuelle dans leur vie quotidienne et de même la « pervasivité » des images du monde qui nous entourent. En même temps, la réflexion théorique et pratique du sociologue visuel se trouve confrontée à l’impact de ces changements sur la méthodologie de recherche visuelle. Dans cette optique de changement de paradigme, qui influence tant la pensée que la culture, il faut prendre la mesure de la transformation de notre vision et de la production d’images engendrée par le passage de l’analogique au numérique, permettant ainsi des nouveaux scénarios pour la sociologie visuelle[3].

Dans un renversement des perspectives, nous sommes dans la phase où la galaxie Gutenberg cède la place à la galaxie numérique : par ce glissement, il faut penser la production et la circulation des images comme condition du développement technologique qui favorise et transforme nos formes de relations et nos manières de « visualiser » le quotidien. Cela amène aussi une nouvelle alphabétisation visuelle pour mettre à jour notre vision en fonction des changements culturels et technologiques. Cette situation « climatologique » implique aussi une augmentation de la sollicitation « haptique » qui affecte le mode de notre perception optique.

La sociologie visuelle est de ce fait confrontée à un monde beaucoup plus habitué aux images et aux technologies. Contempler et connaître constitue l’enjeu qui nous pousse à considérer la technologie au service de l’image comme une source pour enrichir et élargir la pensée dans une expansion des territoires visuels vécus dans la vie quotidienne. Les nouvelles technologies de production et de réception, comme la dilatation mass-médiatique, nous poussent à utiliser comme domaine de recherche l’ensemble des produits de la communication visuelle et à nous questionner sur la production d’images photographiques et filmiques par le biais des appareils numériques et l’interpénétration de l’espace physique et du territoire du Web. Tout un ensemble de dispositifs liés à l’individu nomade est mis à notre disposition pour capter à chaque instant le déroulement de la vie quotidienne. Par ce fait, come nous le suggère Claudio Marra[4], la photographie à travers sa numérisation semble amplifier ces caractéristiques et capacités émotionnelles. On pourrait considérer que cette extension des dispositifs numériques de vision n’est qu’une réponse aux besoins visuels de l’individu postmoderne. S’opérerait ici le passage d’une modernité industrialisée à une postmodernité électronique au sein de laquelle les technologies affectent les formes de nos relations, nos manières de visualiser le quotidien dans le réel physique comme dans les méandres de l’expérience électronique. La technologie serait ainsi le moteur d’un véritable réenchantement du monde par l’image. Il suffit, dans ce cas, mettre l’accent sur l’acte photographique au quotidien et voir de quelle manière les dispositifs technologiques de vision permettent un autre type de langage iconique et de forme de communication. Par l’exemple l’échange en continue de photographies ou vidéos via smartphone, peut être considéré comme un des symptômes banals de cette pratique quotidienne d’échanges émotionnels, de partage de situations. Il s’agit bien d’un panorama de changement d’une « géographie situationnelle »[5] avec une portée considérable sur le questionnement social de l’image qui nous fait prendre conscience de l’importance de notre époque où le visuel et les processus de visualisations sont des considérables variables de notre culture du voir.

 

Visualisations numériques

Ces dispositifs numériques de vision, assimilables dans leur nature, comme le montre bien Giorgio Agamben (2007), à leurs capacités de capturer, d’orienter, de modeler les gestes et les conduites des individus, ont aussi une capacité, une fonction stratégique dans le domaine de la recherche visuelle. Nombre de recherches peuvent être effectuées à l’aide d’un simple smartphone qui devient, dans une certaine mesure, un nouvel instrument qui vient s’ajouter à la boîte à outils du chercheur. En outre, la banalisation de l’acte vidéo-photographique par la prolifération technologique est aussi un élément important pour analyser la vie quotidienne et ce que les individus font avec les images: donc la production d’une culture visuelle de plus en plus numérique. Dans la vie de tous les jours on observe qu’à chaque instant les divers appareils numériques sont prêts à capter et à enregistrer ce qui « passe » devant nos yeux. Ce besoin et ce désir d’accomplir cet acte sont un symptôme de la croissante visualisation du monde, de la règle du tout-visible. Il y a là un effet de ce « retour-image » dont parlait Jean Baudrillard[6] qui avait émis l’hypothèse d’une « pornographie » des images. Cette « pornographie », à notre avis, doit être entendue plutôt comme un processus d’érotisme social, orgiaque, passionnel, qui demeure dans une esthétique de l’être-ensemble, de l’échange et le partage par les divers réseaux sociaux numériques.

Photographier ou filmer la vie dans toute sa banalité et sa frivolité quotidiennes, est alors un processus ordinaire d’un nouvel être-au-monde toujours plus numérique où les divers appareils technologiques de captation nomades nous accompagnent de sorte que l’image va structurer notre propre mobilité, nos parcours, notre déambulation. Cela nous informe sur les effets d’une digitalisation qui transforme sensiblement le rapport entre image et vision. Nous sommes alors confrontés à une manière de s’aventurer et de vivre le présent en développant un regard haptique, ou bien une sollicitation haptique favorisée et augmentée par les instruments technologiques et son système de réseaux et de circulation d’images numériques qui affectent notre perception optique. Un moyen, dans le fond, nous permettant de rentrer en contact avec le monde, de s’approprier le monde. La digitalisation permet de définir et de multiplier les coupures des instants vécus, de forger une nouvelle attitude concernant le travail avec les images et les effets de la socialité en ligne et du partage.

 

Intensification de l’imaginaire

 L’image, à l’époque de sa reproductibilité « technologique » et « numérique », est liée à ses nouveaux supports qui rendent possible l’instantanéité de son accumulation et de sa circulation, et se propage de ce fait dans la Toile à travers une forme de tissage esthétique. Si Carl G. Jung parlait de mot-stimulus, nous pouvons envisager ici la formule image-stimulus qui, à travers cette numérisation et prolifération technologique, permet à chaque persona numérique une expérience associative. La relation d’association avec le monde et avec l’Autre se construit ici sur un plan symbolique et imaginaire et s’actualise alors par le biais du binôme Image-Réseau à apprécier comme une forme climatologique de l’existence collective dont un des effets est justement cette démultiplication de l’image. Signe de notre temps dont il ne faut pas négliger la portée puisque ses images permettent d’accéder à une connaissance directe issue du partage, mais aussi de l’expérience de vie ou des styles de vie. Contempler et connaître c’est l’enjeu qui nous pousse à considérer l’image numérique comme une source pour « dire » le monde dans un cadre de transformation du rapport existant entre image et société et qui influence aussi la recherche visuelle laquelle, d’une manière métaphorique, voyage par une pluralité d’outils technologiques. Il y a alors, en suivant les idées de Massimo Canevacci (1995), une expansion sémiotique dans les divers territoires visuels vécus de l’hic et nunc du quotidien. Le magma d’images qui en dérive sera alors comme un des « activateurs » de chaînes cognitives. Examiner la nouvelle écologie de la communication visuelle numérique nous emporte dans un panorama mutant électronique dont le flux d’images est un des signes transformant l’inconscient en « machine désirante »[7], en usine à produire l’existence. Alors, dans la puissance machinique de la technologisation le regard est plongé dans un imaginaire technologique alimenté par l’image numérique et les dispositifs optiques. La technologie évolue ainsi comme un dispositif agissant dans le contexte de l’imaginaire collectif propre à une culture numérique qui, à travers les diverses manières d’être branché à l’autre et au monde, donne vie à un milieu où se forme l’esprit, circulent les émotions, les sensations. Fruit d’une mutation technique, de la numérisation et de l’interconnexion de réseaux caractérisant notre zeitgest actuel, la nouvelle dimension de la visualisation et de la perception configure une enveloppe informationnelle – une infosphère – réunissant les activités quotidiennes des individus. On peut d’ailleurs admettre que la technologie, à travers la propulsion d’images, influence le monde de l’esprit en opérant un « copier-coller » des signes de la mise en ligne de la vie quotidienne sous ses multiples formes. Les vidéos, les photos « postées » dans les divers espaces et fenêtres de l’existence numérique – la portée de Facebook ou Istagram en constitue l’exemple le plus banal – configurent une relation entre nous et notre monde ; relation qui est constamment transformée par les vagues technologiques nous permettant de créer et de récréer le milieu existentiel.

 

Vécu-perçu

 La connectivité technologique sera un symptôme de construction d’identités sociales et le flux d’images un entrelacement dynamique pour se rapporter aux divers territoires existentiels du monde social et aussi à l’habitat numérique de la Toile. Un habitat comme espace eco-symbolique où la galerie de production d’images donne naissance à un musée imaginaire qui évoque lieux, territoires, moments de la vie quotidienne et crée souvenirs et émotions. L’extase technologique nous offre alors de la connaissance, de l’information et permet de rendre visible l’invisible, d’aller à la profondeur des choses, à la découverte du souterrain de l’existence. Dans le vagabondage numérique de la sphère rhizomatique du Web participatif, générateur d’une prolifération inégale d’images, nous avons la possibilité d’aller à la rencontre des divers mondes sociaux, de découvrir les relations esthétiques. Un moyen, dans le fond, qui renforce notre esprit ; un enjeu du devenir « visuel » de l’inconscient collectif qui, en s’inspirant de Gilbert Durand, capte et identifie la pulsion des archétypes et modèle notre désir de connaissance. Il y a alors ici une exigence de créer des modes de voir, de penser, à la manière dont Gilles Deleuze dans sa Logique du sens, entendait la philosophie, c’est-à-dire une nouvelle conception de la pensée, de ce qui signifie penser, une façon d’être en adéquation à ce qui est. Par cela, en s’appuyant sur la culture visuelle à l’ère du numérique, la sociologie visuelle trace de nouvelles lignes de force, indique des lignes de fuite ouvrant d’autres possibilités de connaissance. L’ensemble des données visuelles numériques dans le « théâtre technologique » renforce et alimente la vision de la complexité du monde social. Nous avons la possibilité de visualiser le vécu des individus, de partager leurs expériences, leurs actes quotidiens dans une sorte de « voyeurisme » sociologique afin de capter l’expérience « technologique » de la persona par écrans interposés. Il ne s’agit pas, bien entendu, d’un jeu pervers de voyeurisme visuel, ou un effet de fétichisme de la marchandise visuelle ! Le voyeurisme est, certes, un des effets renforcés par l’ère numérique de l’image, mais le voyeurisme avec des lunettes sociologiques est à entendre comme la formule du « voir pour mieux comprendre », un « coup d’œil » sur la réalité quotidienne. Il émerge de ce fait, une nouvelle sensibilité perceptive qui nous entraîne dans cette action du voir pour mieux comprendre. Cela constitue alors une nécessité socio-anthropologique où chaque produit visuel peut être considéré comme matériel empirique. Une sorte de modèle, en référence aux idées de Gregory Bateson (1977), d’emboîtement dynamique de combinaisons qui révèle un « autre » statut et des « nouveaux » usages du visuel dans le domaine de la sociologie visuelle.

 

Ouvertures

 Penser l’image et ses effets à l’ère de sa reproductibilité technologique, s’avère comme une procédure permettant un élargissement de la vision et de la connaissance sur le monde contemporain. Il est nécessaire considérer, en partageant ici l’avis de divers sociologues visuels, les nouvelles technologies comme des incontestables objets culturels, des éléments d’une transformation du rapport entre le processus de vision et la production visuelle (les images). La digitalisation en œuvre influence notre modalité de recherche, notre forme de connaissance et le rapport entre image et société qui est donc métamorphosé par les effets technologiques dans les procédures de sociologie visuelle. Il est ainsi courant de considérer cette influence technologique sur nos manières de visualiser le monde et, naturellement, du savoir. Le paradigme technologique doit être considéré comme une sorte de changement progressif des qualités humaines de s’adapter à la logique de l’époque dans laquelle nous sommes insérés.

Le monde technologique a augmenté notre stimulation visuelle en installant une sorte d’élargissement de l’horizon visuel, des manières de voir et faire voir. Il faut alors considérer que dans ce processus de mutation de la visualisation et de la perception il y a aussi un changement de la condition des images. Cela produit, par conséquent, une remise en question du savoir entraînant un nouveau rapport au temps du regard, de la perception, du mouvement de l’œil et des supports de prolongement de vision. Cet ensemble conditionne nos modalités de construction d’un savoir pratique – phénoménologique et méthodologique – fondé sur l’image. Une sociologie visuelle qui, sous le prisme de l’influence technologique et des effets du processus de digitalisation, se trouve dans la possibilité d’agrandir ses modalités de connaissance du monde et de permettre l’actualisation de l’expérience vécue à travers l’image. L’évolution technologique des dispositifs, dans ce cadre, se montre toujours plus comme une extension de l’observation du social et de la perception du réel augmentée par la présence des images. À notre avis, la démarche de la sociologie visuelle à l’époque de la digitalisation du monde doit être prise en compte comme un avancement de l’esprit, ou bien presque un défi pour affirmer et réhabiliter une pensée visuelle sensible comme condition de possibilité avec sa validité épistémologique. Cela signifie aussi de continuer à s’interroger sur ces « conditions de possibilités », de la place que la sociologie visuelle, à travers son parcours historico-social-culturel, peut avoir dans les paradigmes théoriques scientifiques et comment la photographie et le film en tant que langages peuvent contribuer au processus de connaissance.

Et si, comme l’exprimait en son temps Emile Durkheim (1963), « les méthodes changes à mesure que la science avance », nous pouvons de ce fait remarquer une phase d’avancement de la pensée par laquelle l’image « technologique » prend sa place et son importance dans le cadre d’une pénétration et d’un approfondissement de la connaissance du quotidien.

 

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[1] F. La Rocca, « Introduction à la sociologie visuelle », L’image dans les sciences sociales, Revue Sociétés, N°96/2, pp. 33-40, Bruxelles, DeBoeck.

[2] W. Benjmain, (1936), L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, Paris, Allia, 2003, p.55.

[3] Voir, P. Faccioli, P. Losacco, Nuovo mauale di sociologia visuale. Dall’analogico al digitale, Milano, Franco Angeli, 2010.

[4] C. Marra, L’immagine infedele. La falsa rivoluzione della fotografia digitale, Milan, Mondatori, 2006.

[5] Cf. J. Meyrowitz, No Sense of Place: The impact of Electronic Media on Social Behavior, New York, Oxford University Press, Inc., 1985.

[6] Voir à ce propos « Pornographie de la guerre » (Libération, 19 mai 2004) où Jean Baudrillard émet cette idée d’une pornographie des images à propos de la guerre en Irak ou de l’électrochoc du 11 septembre 2001. Voir aussi « Le complot de l’art », Libération, 20 mai, 1996.

[7] Terminologie empruntée à G. Deleuze et F. Guattari, développée dans L’Anti-Œdipe. Capitalisme et schizophrénie, Paris, Editions de Minuit, 1972

Fabio La Rocca

Maître de conférences in sociologia dell’immaginario e della comunicazione all’Università Paul-Valéry di Montpellier, membro dell’IRSA-CRI, ricercatore associato del Ceaq alla Sorbonne di Parigi

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